Intoxication alcoolique aiguë
Intoxication alcoolique aiguë est de loin la plus fréquente des intoxications aiguës, son diagnostic est clinique
| Régions |
Action de l'alcool sur la substance réticulée du tronc cérébral, les noyaux vestibulaires, le cervelet et le cortex |
| Ivresse simple |
|
| (faible dose) |
1/ Phase d’agitation (agitation motrice, logorrhée, trouble de l’élocution) + Haleine oenolique (caractéristique) + Troubles de l’équilibre |
| 2/ Phase hyporéactive (hyporéflexie, hypoesthésie, incontinence urinaire) pouvant aller jusqu'au coma |
|
| Ivresse pathologique |
|
| (forte dose) |
Intoxications éthyliques aiguës pathologiques, plus rares, de plusieurs types : |
- Excito-motrice (agressivité verbale et motrice : violences, dangerosité, actes clastiques délictueux)
- Dépressive, Allure maniaque (euphorie, toute puissance)
- Hallucinatoire, Délirante (sur les thèmes de persécution, jalousie, autodépréciation)
→ Ivresse pathologique est suivie de : sommeil profond + amnésie lacunaire |
| Coma éthylique | En cas d'absorption massive d'alcool, une encéphalopathie peut s'installer :
- Phase d'obnubilation puis de stupeur
- Coma éthylique (coma calme) :
→ Aréactivité, mydriase, hypotonie, dépression respiratoire, hypothermie, hypotension, pas de signe de localisation ❌
→ Peut comporter signes de gravité engageant le pronostic vital et nécessitant transfert en réanimation
- Séquelles possibles : compressions nerveuses périphériques tronculaires et/ou plexuelles, troubles mnésiques post-anoxiques |
| Complications potentielles | - Neurologique : traumatisme crânien, crise GTC (généralement unique, par abaissement du seuil épileptogène, sa prise en charge ne comporte pas de spécificité, ne nécessite pas de traitement anti-épileptique ❌)
- Digestif : hépatite aiguë, nausées, vomissements, diarrhées
- Cardiologique : fibrillation, hypotension (par vasodilatation périphérique, tachycardie sinusale, fibrillation auriculaire)
- Respiratoire : dépression respiratoire, risque d'inhalation
- Métaboliques à rechercher systématiquement ⚠️ :
→ Hypoglycémie (chez l'enfant et les patients alcooliques chroniques dénutris)
→ Acidocétose alcoolique
→ Hyponatrémie (surtout chez le gros buveur de bière) : à ne pas corriger trop rapidement (myélinolyse centropontine ⚠️)
→ Hypothermie
→ Rhabdomyolyse (par myopathie aiguë) |
| Paraclinique | Aucun examen para-clinique biologique n'est nécessaire au diagnostic ❌
Dosage d'éthanol dans le sang (alcoolémie) ou dans l'air expiré :
- Non nécessaire au diagnostic, et n'est pas corrélé avec la gravité clinique ❌
- Réalisé en cas de tableau atypique ou de doute quant à un éventuel diagnostic différentiel
- Connaître l'alcoolémie du patient permettra d'estimer son temps de sevrage, et donc de prise en charge
Examens complémentaires pourront être demandés pour éliminer des diagnostics différentiels ou chercher des complications
→ Bilan d'alcoolisme chronique est à considérer dans un 2ème temps |
Sevrage alcoolique
| Définition | Signes qui apparaissent systématiquement chez certains patients lorsque l’alcoolémie décroit ou est nulle
→ ne survient que chez certains patients dépendant (≥ 1/3 d’entre eux n’ont aucun symptôme de sevrage à l’arrêt de consommation) |
| --- | --- |
| Physiopath. | - Alcool agit comme agoniste des récepteurs GABA (fonction inhibitrice)
- Sevrage entraîne une diminution de la transmission gabaergique, avec pour conséquence une hyperexcitabilité |
| Contexte | - Sevrage est souvent contemporain d'une affection intercurrente (pathologie infectieuse, traumatisme) qu'il importe d'identifier
- Hospitalisation seule peut être l'occasion d'un sevrage |
| Niveaux de sevrage | - Niveau 1 : hyperactivité neurovégétative (sueurs, tachycardie)
- Niveau 2 : trouble de l'attention, hallucinations
- Niveau 3 : convulsions
- Niveau 4 : delirium tremens, qui associe aux troubles des niveaux précédents une agitation majeure |
Manifestations du sevrage alcoolique
- Syndrome de sevrage non compliqué
- Accidents de sevrage
Prise en charge du sevrage alcoolique non compliqué
- Score de Cushman = échelle de surveillance (items : pouls, PAS, FR, tremblement, sueur, agitation, troubles sensoriels)
| Contexte | Proposé aux patients alcoolo-dépendants qui souhaitent arrêter (au moins temporairement) leur consommation d’alcool :
- Il est dans l’idéal planifié, et intégré dans une prise en charge globale de l’addiction
- Il est parfois contraint, lorsque le patient est hospitalisé en urgence pour une autre pathologie en rapport ou non avec l’alcool |
| --- | --- |
| Sevrage ambulatoire | Sevrage ambulatoire doit être préféré s’il n’y a pas de contre-indication, il est encadré :
- Soit par le Médecin généraliste
- Soit par une équipe ambulatoire spécialisé (d’un CSAPA ou d’une consultation addictologique hospitalière) |
| Indications au sevrage hospitalier | - En cas de demande du patient
- ATCD d’accident de sevrage
- Dépendance sévère (notamment en cas de symptômes de sevrage intenses)
- Dépendance aux benzodiazépines ou autre comorbidité addictive sévère non stabilisée
- Échecs répétés de tentatives de sevrage ambulatoires
- Environnement social défavorable (précarité)
- Terrain vulnérable (pathologie médicale ou psychiatrique sévère, femme enceinte, personne âgée) |
| Modalités du sevrage | Arrêt complet de la consommation d’alcool, avec prévention des manifestations neurologiques reposant sur :
- Hydratation orale adaptée (2 à 3L par 24h)
- Vitaminothérapie B1/B6 per os (par voie parentérale si suspicion de Gayet-Wernicke)
- Prescription de benzodiazépine à durée de vie longue (sauf si insuffisance hépatique, personnes âgées) :
→ Diazépam à doses progressivement décroissantes sur une durée maximale de 7 à 10 jours
→ Si CI aux BZD : sevrage se fait en hospitalisation, en utilisant des BZD en cas de signes de sevrage uniquement |