| Définition |
Ischémie aiguë correspond à une interruption brutale du flux artériel d’un membre entraînant une ischémie tissulaire, peut aboutir à une nécrose tissulaire, urgence absolue où tout retard à la mise en route d’un traitement adapté expose au risque d’amputation voire de décès |
| Facteurs aggravant |
Baisse du débit artériel, dont la gravité dépend de 3 facteurs : |
- PAS (doit être maintenue à un niveau correcte)
- Abondance de la circulation collatérale (plus abondante si AOMI car processus adaptatif a eu le temps de se mettre en place)
- Qualité du réseau artériel d'aval |
| Ischémie | 1. Premières cellules à souffrir de l’hypoxie (< 2h) : cellules nerveuses
- Deuxième type de cellules à souffrir (6-8h) : cellules musculaires (rhabdomyolyse), avec des conséquences métaboliques importantes
° Anoxie musculaire entraîne une vasodilatation capillaire, responsable d'œdème et d'une augmentation de la pression interstitielle
° Entraînant une stase de la circulation veineuse et lymphatique, avec un phénomène d'autoaggravation de l'œdème et de l'hypoxie :
→ Syndrome des loges (seule une aponévrotomie de décharge permet de libérer le tissu musculaire)
- Hypoxie développe l'anaérobiose provoquant une libération de métabolites acides également responsables d'une vasodilatation capillaire
- Nécrose cutanée apparaît à partir de 24h |
| Reperfusion | Syndrome de revascularisation, localement, l'atteinte cellulaire peut être aggravée au moment de la remise en circulation :
- Troubles métaboliques par relargage de cellules lysées et des métabolites :
→ Hyperkaliémie, Hyperuricémie, Hyperphosphorémie, Acidose métabolique
→ Hypocalcémie
→ Augmentation de la créatinémie, Myoglobinémie, Myoglobinurie
→ Coagulation intravasculaire disséminée (CIVD)
- Insuffisance rénale, par nécrose tubulaire aiguë peut être constatée, secondaire à :
→ Choc et Instabilité de la pression de perfusion rénale
→ Précipitation intratubulaire de la myoglobine et à la Toxicité directe en milieu acide de la myoglobine
→ Produits de contraste radiologiques utilisés lors d'une artériographie
- État de choc, plus rarement : choc hypovolémique (exsudation plasmatique) ou infectieux (colonisation microbienne des muscles nécrosés)
Peut conduire à un arrêt cardiaque |
Démarche diagnostique face à une ischémie aiguë des MI
- Orientation étiologique
- Classification
| Signes fonctionnels | Douleur spontanée d'apparition brutale (ou rapidement progressif en quelques heures dans la forme subaiguë)
- Intense à type de broiement
- Impotence fonctionnelle du membre |
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| Signes physiques | - Membre froid, pâle, livide (localisation de la froideur du membre permet d’estimer la topographie de l’occlusion)
- Abolition des pouls en aval de l'occlusion (permet d’estimer la topographie de l’occlusion) |
| Signes de gravité | - Douleur à la palpation des masses musculaires (signe une ischémie musculaire)
- Hypo-esthésie, qui fait rapidement place à une Anesthésie cutanée
- Paralysie signe l’ischémique complète (gravité du tableau ++, son absence définit l’ischémie incomplète) :
→ Impossibilité de mobiliser les orteils
→ Impossibilité de relever le pied (nerf fibulaire commun)
- Ischémie dépassée (indication à une amputation en 1ère intention) : si rigidité musculaire, marbrures, phlyctènes |
| Topographie grave | Dans le cas le plus grave, l'occlusion de la bifurcation aortique est responsable de :
- Ischémie bilatérale sévère + Paralysie sensitivomotrice
- Signes généraux sont alors souvent au 1er plan, allant jusqu'au collapsus cardiovasculaire |
| Paraclinique | Diagnostic est clinique, examens complémentaires ont peu de place s’ils retardent la revascularisation :
- ECG (à visée étiologique) : complète toujours l’examen clinique de l’ischémie aiguë (selon collège de cardiologie)
- Échographie doppler peut être réalisée sans perte de temps si et seulement si les conditions locales et la sévérité du tableau clinique le permettent (notamment grade I ⚠️, en absence d'atteinte neurologique)
- Artériographie est le plus souvent réalisée au bloc opératoire pour orienter le geste thérapeutique :
→ Localiser l'oblitération, de caractériser l'aspect de cette occlusion (athérome, anévrisme, dissection ...)
→ Apprécier le réseau artériel d'aval, important pour la prise en charge interventionnelle (percutanée ou chirurgicale)
→ En cas d'embolie, elle permet aussi de révéler d'autres emboles (homo et/ou controlatéraux) asymptomatiques |
Prise en charge de l’ischémie aiguë des membres inférieurs
- Algorithme de prise en charge
| Traitement médical | - HNF (bolus puis perfusion continue, pour un TCA entre 2-3) dès le diagnostic ⭐️ et après bilan de coagulation
- Antalgiques de niveau 3 souvent nécessaires d'emblée
- Oxygénothérapie par voie nasale
- Équilibration de l'état hémodynamique si nécessaire (remplissage macromoléculaire)
- Soins locaux (nursing) immédiats, et ce même au-delà de la revascularisation :
→ Risque de survenue très rapide d’escarres et de lésions cutanées ⚠️
→ Éviter tout point de compression (protection mousse ou coton, position légèrement déclive)
→ Éviction de tout frottement ou traumatisme cutané, Proscrire tout adhésif sur la peau ischémique |
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| Revascularisation | Revascularisation doit être effectuée < 6h qui suit le début du tableau clinique
- En cas d’embolie sur artères saines : Embolectomie par sonde de Fogarty sous contrôle angiographique
- En cas de thrombose sur artère pathologique, selon le type de lésions :
→ Techniques conventionnelles (endartériectomies, pontages)
→ Techniques endovasculaires (recanalisations, angioplasties, thrombo-aspirations)
→ Thrombolyse in situ : CI si ischémie sensitivo-motrice (car délai d’action trop long et caillot volumineux) |
| Aponévrotomie jambière | - Soit en cas de syndrome des loge aigu
- Soit discutée en systématique si revascularisation tardive (le plus souvent sur la loge antéroexterne de jambe) |
| Amputation | - Soit d’emblée lorsque l’ischémie est dépassée
- Soit secondairement pour juguler les désordres métaboliques majeurs d’un syndrome de revascularisation
- Soit après échec de la revascularisation (notamment sur un terrain débilité) |
| Traitement du syndrome de revascularisation | - Surveillance : diurèse (sonde urinaire, diurèse horaire), ionogramme sanguin, urée, créatininémie, CPK
- Acidose → alcalinisation (bicarbonates IV)
- Hyperkaliémie → chélateur de potassium (polystyrène sulfonate de sodium)
- voire Dialyse rénale, Lavage de membre au sérum physiologique
- En cas de revascularisation tardive ou de thrombose aorto-iliaque, discuter :
→ Lavage de membre pour prévenir les effets systémiques du syndrome de revascularisation |
| Traitement au
long cours | - Bilan étiologique après revascularisation :
→ Bilan cardiaque : Holter ECG, ETT, voire ETO ou IRM
→ Bilan artériel : échodoppler artériel (aorte et membres inférieurs), voire angioTDM ou artériographie
- Traitement étiologique d'une cause embolique (ex. anticoagulation au long cours en cas de FA)
- Traitement étiologique d'une origine thrombotique (antiagrégant plaquettaire + contrôle des FRCV) |