https://www.infectiologie.com/UserFiles/File/pilly-etudiant/items-edition-2023/pilly-2023-item-162.pdf
Infections à HPV très fréquentes : Lésions épithéliales bénignes cutanées (verrues) ou muqueuses (condylomes)
Introduction
<aside>
📌 Environ 80% des personnes font ≥ 1 infection à HPV dans leur vie
</aside>
- Virologie de l'HPV
- Histoire naturelle de l’HPV
Lésions muqueuses de l'HPV
| Prévalence | - Infections anogénitales à HPV sont en constante augmentation dans tous les pays développés, avec une prédilection pour les 16-25 ans
- Prévalence mondiale des infections latentes est estimée à 25% des < 25 ans
- Environ 1% des infections à HPV vont se traduire par des condylomes (= verrues anogénitales) |
| --- | --- |
| Transmission | - Transmission majoritairement sexuelle : survient dans la très grande majorité dans les mois qui suivent les 1ers rapports sexuels
(mais un comportement sexuel à risque n'est pas nécessaire pour développer des condylomes)
- Transmission non sexuelle possible :
→ Contact de linges humides contaminés
→ Lors de l'accouchement si la mère est porteuse de condylomes (grossesse favorise les condylomes) |
| FR d’infection à HPV | - Âge du 1er rapport sexuel précoce
- Multiples partenaires sexuels au cours de la vie
- Absence d’utilisation de préservatif (réduit le risque de transmission sans l’éliminer) |
| FR de persistance
de l’infection | - Multiparité
- Contraception orale au long cours (pendant > 5 ans)
- Tabac (2ème FR après HPV)
- Infection génitale
- Immunodépression (en particulier lorsqu'elle est liée au VIH ou à une transplantation d'organe) |
| Impact du préservatif ? | Préservatif ne protège que très incomplètement de l'infection par HPV car cette dernière se fait plutôt par contact muqueux et cutanéomuqueux, c’est pour cela que l'infection à HPV n'est pas considérée à proprement parler comme IST, mais plutôt comme marqueur d'activité sexuelle |
| Enfant | - Contamination mère-enfant
- Contamination manuportée (à partir de verrues vulgaires ou de linges domestiques)
- Mauvais marqueur de sévices sexuels même s'il faut rester vigilant ⚠️ |
| Dépistage | - Frottis cervical (entre 25-30 ans), Test HPV-HR (à partir de 30 ans) : chez toutes les femmes
- Examen proctologique : chez les HSH, les femmes avec ATCD de dysplasie cervicale (surtout si elles sont VIH+) |
Démarche diagnostique
| Symptôme |
Asymptomatique en général, pas de manifestations inflammatoires (leucorrhées, douleurs) → préjudice surtout esthétique |
| Localisations des condylomes |
- Femme : condylomes vulvaires peuvent siéger n’importe où, des formes multifocales s’étendent au vagin/périnée/région péri-anale |
- Homme : pubis, prépuce, sillon et frein balano-préputial, plus rarement sur le gland et fourreau de la verge, localisation urétrale est limitée au méat (peut justifier une urétroscopie en cas de récidives fréquentes et de localisation sur le versant intra-urétral) |
| Condylomes acuminés | Classiques « crêtes-de-coq » :
- Masses charnues hérissées de petites verrucosités kératosiques de 0,2 à 1 cm
- Nombre varie de quelques-unes à plusieurs dizaines |
| Condylomes plans | - Macules-papules isolées ou en nappes ou en mosaïque, couleur rosée
- Parfois difficile à voir à l'oeil nu, mieux visualisées après application d'acide acétique |
| Néoplasie
intra-épithéliales | Il s’agit des lésions précancéreuses cutanées ou muqueuses
→ Peut être cervicales, vulvaires, anales et péniennes |
| Candylomes géants de
Buschke-Loewenstein | *- Forme rare, associée aux HPV 6 et 11
- Aspect tumoral inquiétant, mais tumeur bénigne à l'examen histologique (pas de potentiel métastatique)* |
| Papulose bowénoïde | - Correspond à dysplasie sévère, associée à HPV 16 et 18 ****→ risque de dégénérescence (en général faible)
- Terrain : plutôt chez l'adulte jeune (30 ans)
- Multiples lésions papuleuses ****isolées ou confluentes, rose ou brunâtre, surface lisse ou mamelonnée, parfois squameuse ou kératosique |
| Examens complémentaires | Diagnostic des condylomes repose presque exclusivement sur l’examen clinique :
- Recherche d’HPV est superflue devant des condylomes qui sont toujours dus aux HPV ❌
- En cas de localisations génitales : examen sera complété par un frottis cervical ± colposcopie
- En cas de lésions anales : examen proctologique complet recommandée (anuscopie)
- Biopsie réalisée uniquement si doute diagnostique ou suspicion de néoplasie |
| Diagnostics différentiels | - Hyperplasie physiologique des papilles de la couronne du gland (courrone perlée)
- Papillomatose vestibulaire vulvaire physiogique
- Syphilides secondaires (lésions de type condylomata lata)
- Lésions dysplasiques
- Kératoses séborrhéiques en localisation périnéale
- Nodules scabieux
- Molluscum contagiosum |
Prise en charge des condylomes à HPV
| Objectif | - Pas de traitement spécifique, l’objectif est la disparition des lésions macroscopiquement visibles
- Après éradication des lésions, le virus peut persister dans l’épiderme sain → risque de récidive ⚠️ (impose un suivi à M6) |
| --- | --- |
| Destruction physique | Toutes les méthodes de destruction physique ont en commun un risque cicatriciel :
- Laser CO2 : doit être réalisée sous anesthésie topique, locale, ou générale
- Électrocoagulation : sous anesthésie locale, permet soit la destruction des lésions, soit un prélèvement pour l’histologie
- Cryothérapie (consiste en l’application d’azote liquide à l’aide d’un coton-tige ou d’un appareil de cryothérapie)
→ ne peut se concevoir que pour des lésions d’étendue limitée en raison de son caractère douloureux |
| Destruction chimique | Podophyllotoxine à 0,5% (résine naturelle appliquée par le patient lui-même) :
- Applications matin et soir sur 3 jours consécutifs par semaine jusqu'à guérison
- Il ne doit être appliqué que sur les lésions en raison de sa causticité
- Il convient mal aux lésions vulvaires ou intravaginales
- Contre-indiqué chez la femme enceinte et l'enfant ⚠️ |
| Destruction immunologique | Imiquimod topique (molécule immunomodulatrice entraînant la synthèse de cytokines pro-inflammatoires antivirales)
- Peut provoquer une irritation
- Prescrite avec prudence chez la femme enceinte
- Applications au rythme de 3x/semaine pendant 16 semaines |
| Grossesse | Traitement des condylomes sera idéalement réalisé au début du 3e trimestre par laser CO2 |
| Mesures préventives | - Vaccination contre HPV
- Dépistage des autres IST (associées dans 25% des cas) :
→ Sérologies VIH, syphilis, hépatite B
→ PCR chlamydia et gonocoque sur urines ou auto-prélèvement vaginal
→ Dépistage du partenaire en cas de verrues anogénitales (condylomes)
- Dépistage des néoplasies intra-épithéliales cervicales (CIN) :
→ Frottis cervico-vaginal ou Test HPV-HR
→ Colposcopie en cas de dysplasie |
Lésions cutanées bénignes de l'HPV ✅
https://dermnetnz.org/topics/non-sexually-acquired-human-papillomavirus-infection
| Prévalence |
Verrues concernent 7-10% dans la population générale |
| Terrain |
Enfants scolarisés, Adultes jeunes |
| Tranmission |
- Contexte professionnel favorisant (bouchers, vétérinaires, abattoires, poissonniers) : verrues des mains (HPV7) |
- Immunodéprimé (notamment au long cours, ex. greffés) : infections à HPV plus graves et plus agressives
- Douches des piscines, Salles de sport
- Rasage au niveau de la tête et du cou notamment, peut être responsable d’une autocontamination avec de multiples verrues |
Lésions cutanées bénignes de l'HPV
Diagnostic est clinique, il n'est en aucun cas nécessaire de réaliser une biopsie en cas de lésion typique